Lettre d'info

ZAD : Larzac ou Sivens ?

Article d'opinion
par Hartzea Lopez Arana (Euskal Herria Zadista) et Louise Ropars (Comité Pays Basque soutien NDDL)

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Manif du 9 janvier 2016

Débat démocratique faussé, négligence face aux dossiers concernant le réaménagement de l’aéroport Nantes Atlantique, les médiateurs n’ont pas ménagé le projet Notre-Dame-des-Landes. Alors que l’hypothèse d’un abandon officiel du projet se dessine enfin, pour ceux qui sentent bien que, pour une fois, le vent pourrait tourner en leur défaveur, le mot d’ordre semble clair : « Aéroport ou pas, vengez nous au moins des zadistes ! ».

Il faut dire qu’il y a visiblement en France une foule de décideurs pour qui la ZAD et le mouvement anti-aéroport représentent dans leur ensemble un insupportable affront et on assiste parallèlement à une campagne politique et médiatique de diabolisation.

À partir de quelques photos et informations diffusées par des services de gendarmerie, ces déclarations et reportages sont la traduction d’une volonté de diviser un mouvement, en tentant de stigmatiser et d’isoler de leurs alliés les franges qui apparaissent comme les plus gênantes. Ceux qui crient au loup cherchent à gommer ce mouvement populaire impliquant des voisin-e-s et des paysan-ne-s, des associations, des groupes informels et des occupant-e-s, des syndicats ou des comités de soutien dont le gouvernement fait face depuis des années. Et ce mouvement, dans toute son hétérogénéité, a l’insolence de s’être donné les moyens de faire front commun.

Ce front ne s’est pas construit sans débats ni tensions internes. On est frappé, lorsque l’on met les pieds sur ce territoire, de l’intensité des assemblées et de la franchise des opinions, de l’expérience militante accumulée et de la multitude des pratiques. Ces six derniers mois, les diverses composantes dont certaines ont décidé l’aller porter leur point de vue aux rendez-vous proposés par la médiation ont élaboré, pas à pas, les bases d’un avenir commun au-delà de l’aéroport et d’une zone qui ne rentre pas dans le rang. Sur place, des voix rebaptisent l’endroit Zone d’Agriculture Durable ou Zone d’Autonomie Définitive.

Dans une interview accordée à Ouest-France, les médiateurs entrouvrent la porte à ce type d’alternative : « Le devenir de la zad exige d’être innovant en n’excluant personne, avec les agriculteurs historiques et les ‘néo ruraux’ qui se sont installés à cet endroit-là. Nous préconisons un système avec tous les organismes agricoles, un mécanisme de gouvernance pendant deux ou trois ans » et d’ajouter : « On est loin de l’évacuation rapide, telle que certains l’imaginent ».

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Manif du 9 janvier 2016

Dans le même temps, la ZAD n'est pas tétanisée par la perspective d'un nouveau débarquement armé. Des formations « prêt-e-s à défendre la zad ? » rassemblent des centaines de personnes de tout âge et les cultures et constructions foisonnent : trois boulangeries fonctionnent, une bibliothèque et un point d'accueil aussi, un phare s’inaugure, soixante charpentier-e-s viennent travailler pour réaliser avec des outils manuels et des techniques traditionnelles le « hangar de l'avenir », la cabane internationale Ambazada sort de terre, un groupe « comment vieillir sur la ZAD » réfléchit. D'autres projets voient le jour : un lieu de soin et de séchage de plantes médicinales, un garage autogéré, un atelier de tanneries, des sentiers de randonnée aménagés... Des habitats sont par ailleurs construits ou rénovés, une nouvelle vague d'habitant-e-s étant arrivés sur la ZAD.

Au-delà de l’hypothétique victoire d’abandon d’un grand projet inutile, c’est toute cette richesse qui nous fait vibrer car au Pays Basque aussi, nombreuses sont les luttes et façons de faire équivalentes. C’est avec cette sensibilité ajoutée que nous nous rassemblerons à Baiona le jour de la décision gouvernementale et que nous nous rendrons à la ZAD le 10 février prochain, répondant à l’appel de l’ensemble du mouvement. Fin mars, une brigade de solidarité basque et bretonne ira à son tour continuer le chantier de l’Ambazada.

Reste à connaître la position du gouvernement : ira-t-on vers une redistribution des terres comme au Larzac ou vers une évacuation violente comme à Sivens ? On peut parier, face à un monde qui va droit dans le mur, que ce qui se tente concrètement sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes - et dans d’autres espaces - pour reprendre sa vie en main, continuera à être jugé essentiel et soutenu par un nombre de plus en plus important de personnes.